« Des déserts médicaux aux oasis de santé » – Compte rendu

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Jeudi 23 mars 2017, avec le CHAM (Convention on Health Analysis and Management) et l’Institut Montaigne nous avons organisé un grand débat « Des déserts médicaux aux oasis de santé » avec les représentants des candidats à la Présidentielle. Noam Ambrourousi pour la France Insoumise, Valérie Boyer pour Les Républicains, Mickaël Ehrminger pour le Front national (finalement excusé), Nicolas Leblanc pour le Parti socialiste/Europe Ecologie-Les Verts et Olivier Véran pour En Marche!.

Afin d’animer et nourrir ces échanges nous avions convié 4 experts du système de santé : Pierre Carli Médecin Chef au Samu de Paris, Michel Claudon Président de la Conférence des présidents de CME de CHU, Pierre de Haas Ancien Président de la Fédération française des maisons et pôles de santé et Gérard Raymond Président de la Fédération française des diabétiques.

A cette occasion, quatre thèmes ont été abordés :

  • Comment fédérer les professionnels au service du patient ? – Intervention de Gérard Raymond, Président de la Fédération française des diabétiques
  • Comment attirer les professionnels de santé dans les territoires ? – Intervention de Pierre de Haas, Ancien Président de la Fédération française des maisons et pôles de santé
  • Comment profiter des innovations et mettre en lien hôpitaux et médecine de ville ? – Intervention de Michel Claudon, Président de la Conférence des présidents de CME de CHU
  • Urgences et territoires : comment concilier proximité, compétence et rapidité ? – Intervention de Pierrer Carli, Médecin Chef au Samu de Paris

Déserts médicaux : de quoi parle-t-on ?

L’accès aux soins est aujourd’hui la première priorité en matière de santé. Les déserts médicaux désignent des zones du territoire où la concentration de professionnels de santé est insuffisante par rapport aux besoins du territoire. Cette désertification est croissante compte-tenu des départs à la retraite de nombreux médecins non remplacés, de la baisse du temps médical disponible, de la hausse des délais d’attente et de la croissance des besoins de la population. Elle ne touche pas que les zones rurales et périurbaines mais commence également à être une réalité dans les grandes villes. Le dispositif de lutte contre les déserts médicaux mis en place par le ministère de la Santé touche près de 12 millions de Français. La situation s’aggrave notamment pour la médecine générale et d’après le Conseil de l’Ordre, si rien n’est fait, la France aura perdu un quart de ses généralistes entre 2007 et 2025.

Les déserts médicaux : un enjeu prioritaire pour tous les candidats

Pour tous, le politique doit accompagner, voire coordonner les acteurs du monde de la santé et donner une impulsion et une cohérence aux politiques de santé, afin d’assurer le respect du principe de continuité territoriale. Dans chaque territoire doit être mis en place un système de santé adapté et choisi par les professionnels de santé du territoire, au service des patients.

A part Nicolas Leblanc (PS), les autres représentants des candidats s’accordent sur l’inefficacité du numerus clausus en France jugé décourageant et inadapté, notamment par Olivier Véran (EM). Celui-ci souligne que ce système encourage les étudiants français à « délocaliser leurs études » avant de revenir exercer sur le territoire.

Maisons de santé et centres de santé : le regroupement des professionnels en débat

Unanimement, les candidats proposent de regrouper les professionnels pour rendre leur exercice plus attractif. Olivier Véran (EM) comme Noam Ambrourousi (FI) souhaitent 2 000 maisons de santé de plus sur le territoire, Nicolas Leblanc (PS) en vise 1 500.
Les modalités sont en réalité assez différentes : là où l’exercice libéral et les statuts plus souples sont mis en avant par Valérie Boyer (LR) et Olivier Véran (EM), Nicolas Leblanc (PS) indique que l’exercice salarié est à envisager pour permettre de lutter contre les déserts médicaux. Le recours au salariat et aux médecins fonctionnaires au sein de centres de santé est mis en avant par le représentant de France Insoumise.

Mesures coercitives ou liberté des médecins ?

Valérie Boyer (LR) et Olivier Véran (EM) affirment la ferme opposition de leurs candidats face aux mesures coercitives. Ils jugent primordial de préserver le caractère libéral de la médecine en laissant aux médecins le choix du lieu de leur installation.

Les représentants de France Insoumise et du Parti socialiste n’excluent pas l’intervention de l’Etat et le recours aux mesures coercitives. Nicolas Leblanc (PS) envisage ainsi de retirer leur conventionnement aux médecins qui voudraient s’installer en zone surdotée. Noam Ambrourousi (FI) n’exclut pas non plus de recourir à des mesures contraignantes, en cas d’échec des dispositions incitatives, que Jean-Luc Mélenchon souhaite cependant privilégier. Il considère également que l’origine sociale des médecins est un facteur non-négligeable des déserts médicaux et pense donc que la mixité sociale au sein des études de médecines pourra jouer.

Valérie Boyer (LR) veut mettre fin au tiers payant pour restaurer la confiance avec les professionnels de santé là où Olivier Véran (EM) souhaite le rendre « généralisable mais pas généralisé  » afin de laisser la liberté aux acteurs de s’en emparer. Pour Nicolas Leblanc (PS), il s’agit d’une mesure qui va dans le sens de la simplification et d’un meilleur accès aux soins.

Le numérique est une priorité pour l’ensemble des représentants des candidats

Fédérer le monde médical au service du patient passe aussi par une meilleure utilisation du numérique et des nouvelles technologies dans le cadre de la télémédecine (gain de temps médical) ou encore du dossier patient numérique. Les professionnels de la santé doivent être formés à ces enjeux.

Valérie Boyer (LR) considère que les nouvelles technologies peuvent faire le lien entre la médecine de ville et l’hôpital, et que celles-ci sont un important facteur de libération du temps médical. Nicolas Leblanc (PS) voit dans la télémédecine un important levier d’accès aux soins et encourage l’émergence de nouvelles pratiques telles que les télédiagnostics. Selon lui, l’hôpital doit être au centre de ces nouvelles pratiques et son financement doit être revu à cet effet.

Olivier Véran (EM) déplore de son côté que la France soit toujours en retard sur les innovations et a pour objectif de mieux les anticiper. Il souhaite développer la recherche interventionnelle pour une meilleure organisation et développer les expérimentations. Comme Valérie Boyer (LR), il affirme que les nouvelles technologies peuvent permettre de désencombrer les urgences et rappelle qu’Emmanuel Macron a promis 5 milliards d’euros pour « numériser le système de santé ». Noam Ambrourousi (FI) prône de son côté l’unification des systèmes informatiques pour faciliter les parcours patients.

Des études médicales à réformer

Tous les les candidats s’accordent sur l’importance de former tous les professionnels de santé aux nouvelles technologies et à la médecine générale encore peu valorisée dans les parcours de formation des médecins.

Olivier Véran (EM) et Valérie Boyer (LR) veulent encourager les stages dans les cabinets libéraux. Nicolas Leblanc (PS) s’est également exprimé sur la volonté de son candidat de développer les stages en ambulatoire, afin de faire connaitre et apprécier les différentes modalités d’exercice. Noam Ambrourousi (FI) déclare de son côté qu’il faut former les médecins aux traitements spécifiques, réformer les études et encourager les stages en médecine de ville pour l’ensemble des professionnels de santé (pas uniquement les médecins).

Les urgences : comment concilier rapidité et qualité de soins ?

Les urgences ont longtemps été cantonnées au seul périmètre hospitalier. La médecine générale et son rapport à l’urgence doivent aujourd’hui être repensés, d’un point de vue à la fois organisationnel et financier. Les mutations profondes qu’ont connu les urgences ces dernières années ont entraîné des attentes nouvelles de la part des patients (demande de prise en charge rapide, composante sociale, santé mentale, etc.). Ces demandes doivent être intégrées grâce à un meilleur continuum entre la ville et l’hôpital.

Pour Olivier Véran (EM), l’enjeu de la tarification est central pour permettre un meilleur parcours de soin et une véritable coordination ville-hôpital. Le paiement à l’acte doit également être entièrement revu pour France Insoumise.

Donner plus de temps aux professionnels de santé

Valérie Boyer (LR) rappelle que son candidat souhaite augmenter le temps de travail à l’hôpital et rétablir le jour de carence pour redonner des moyens aux hôpitaux. A l’inverse, Noam Ambrourousi (FI) est fermement opposé à l’augmentation du temps de travail et souhaite embaucher massivement à l’hôpital pour répondre aux besoins des patients.

Valérie Boyer propose de libérer le médecin de certaines tâches en déléguant les compétences, notamment aux infirmières cliniciennes, et en réduisant les contraintes administratives.

3 réflexions sur « « Des déserts médicaux aux oasis de santé » – Compte rendu »

  1. La lecture de cet article me laisse plus que perplexe! Il ressort que c’est plutôt modeste comme propositions (tout ce qui est avancé n’a rien de « révolutionnaire » et est déjà connu) ce qui dénote une vue plus que « périphérique » des problèmes : étant mal connus et mal posés ils ne risquent pas d’être résolus. Prenons en quelques uns en vrac. Le numérus clausus est une plaie basée sur le fait que déjà au milieu des années 70 on pensait naïvement que la réduction du nombre de médecins réduirait les coûts liés à la santé… on a vu les ravages. Par exemple, en psychiatrie plus de 1000 postes de PH sont à pourvoir alors qu’ils sont budgétés (d’où le recourt aux embauches de médecins formés dans d’autres pays et souvent avec un statut de FFI… une main d’œuvre à moindre coût donc). On a du retard dans la recherche (or c’est l’enjeu de la modernisation des thérapeutiques), et tant qu’on pensera que la recherche est l’apanage des CHU on est pas prêt d’avancer : c’est toute une restructuration qui à envisager (formation, budget…). La revalorisation du statut des médecins, notamment hospitaliers, est une priorité : mal payés — comparé à d’autres pays comme la Suisse ou les Etats-Unis voire l’Allemagne et l’Angleterre — la motivation ne peut venir que de l’intérêt et des conditions de travail, pré-requis pour assurer une médecine hospitalière de qualité (qui reste le recourt dans bon nombre de pathologies). Quant à la proposition de faire travailler plus les hospitaliers (en gagnant moins!) : l’accepter serait du masochisme, l’avoir proposé c’est du cynisme! En ce qui concerne la médecine libérale, inciter (par de maigres primes), voire obliger les médecins à aller là où ils n’ont pas envie d’aller : là on frôle le diktat. Au fait, la question des retraites reste entière et aucune proposition sérieuse n’est avancée. Avec une telle perception des problèmes, la crise de la médecine dans notre pays n’est pas prête de se résoudre dans un avenir proche….

  2. Puisque que nous parlons de santé une métaphore médicale me semble plus parlante pour aborder la question des déserts médicaux :
    Les déserts médicaux ne sont qu’un symptôme –limité/isolé- d’un syndrome –lui- plus large/systémique : la difficulté de notre système de santé fortement hospitalo-centré, pertinent pour le traitement des pathologies aigues, à répondre à l’augmentation des pathologies chroniques, liée en particulier, au vieillissement généralisé de la population.
    Pathologies chroniques qui nécessitent – elles -une prise en charge en ambulatoire combinant soin et prendre soin.
    Ainsi un traitement symptomatique – indispensable- des déserts médicaux ne peut suffire.
    Il faut également un véritable projet de développement d’une médecine « domicilo-centrée », en lien/cohérence avec l’hôpital dans la ligne de ce que font -en partie- les réseaux de santé mais à ce jour trop souvent sur une seule pathologie, en « tuyau d’orge » ( cardio/diabète/douleur…).
    Ce projet de « médecine de domicile » devrait s’appuyer effectivement sur des mesures incitatives pour les médecins dit de ville, mais également sur des mesures permettant de réduire la fragmentation et le cloisonnement actuels des différents maillons de la chaîne de valeur nécessaires aux soins et au maintien à domicile que sont (sans être exhaustifs) les Infirmières, les aides-soignantes, les auxiliaires de vie, kinés, le portage de repas…
    Des plates-formes de télésanté/télémédecine, en capacité d’intégrer/mobiliser au « fil de l’eau » aides humaines et aides techniques pourraient être le point d’appui d’une coopération entre les acteurs de santé à domicile d’un même territoire et ainsi source de limitation des points de rupture dans les parcours de santé et, en boucle, de motivation pour l’installation de médecins de ville y compris dans les actuels déserts médicaux.

  3. Bonjour
    Le désert médical est une sorte de discours interprétatif dominant.
    Il faut regarder ce problème sur trois axes
    – l’aménagement du territoire : donc dialogue avec les conseils régionaux qui ont dans leur mission le développement économique et le maintien des entreprises quelles soient TPE ou autres…
    – donc regarder les professionnels libéraux de santé comme des entités entrepreneuriales (soumis à la même législation sociale et fiscale que toutes entreprises)
    – modification sociétale de la cellule familiale (mixité libérale / salariée)

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